Information détaillée concernant le cours

[ Retour ]
Titre

Penser le travail reproductif : approches féministes et décoloniales

Dates

20-21 octobre 2026

Organisateur(s)/trice(s)

Mme Hélène Widmann, UNIL

Mme Emma Gauttier, HES-SO et UNIGE

Intervenant-e-s

Nasima Moujoud (Université Grenoble Alpes)

Noemi Martorano (IDHES-Nanterre)

Description

Depuis les années 1970, les théories féministes ont placé le travail reproductif au cœur de leurs critiques de la division sexuelle du travail (Dalla Costa & James 1973; Federici 1975; Delphy 1998). L'externalisation croissante de ce travail dans les pays du Nord global à partir des années 1980 a profondément reconfiguré cette division, en s'appuyant sur une main-d'œuvre féminine, migrante et racialisée (Federici 2002; Aguilar 2003; Angeloff 2003; Falquet 2011; Brown 2016). Les approches féministes postcoloniales, noires et chicanas ont mis en lumière les rapports de pouvoir imbriqués - genre, classe, race, statut migratoire - structurant le travail reproductif transnational (Cock 1980; Davis 1981; Rollins 1985; Glenn 1992), ouvrant la voie à des lectures intersectionnelles de la reproduction sociale. Aujourd'hui, cette thématique est largement investie dans le contexte de la «crise du care» et de la marchandisation croissante du travail reproductif (Fraser 2016; Federici 2019; Martorano 2023; Debonneville 2015; 2019). Elle s'inscrit également dans un renouveau des théories féministes marxistes, notamment à travers les théories de la reproduction sociale (Vogel 1983; Bhattacharya 2017), qui élargissent la notion de reproduction au-delà du seul travail domestique, en intégrant l'ensemble des activités et infrastructures nécessaires à la reproduction de la vie et de la force de travail (Ferguson 2019; Jaffe 2020; Arruzza 2021; Fortunati 2022 [1981]). Dans ce contexte, les plateformes numériques apparaissent comme de nouveaux acteurs clés de la marchandisation de la reproduction, en transformant les formes d'externalisation du travail domestique et de care à travers la mise en relation algorithmique, la standardisation des services et la fragmentation du travail (Altenried et al. 2021; Rodríguez-Modroño et al. 2024). Cet atelier propose d'ouvrir un espace de discussion autour des approches féministes du travail reproductif, en interrogeant la pluralité des notions mobilisées - travail domestique, travail de care, travail de subsistance, reproduction sociale - ainsi que leurs usages contemporains. Il s'agira de revenir sur les déplacements conceptuels et critiques opérés par les recherches récentes (Moujoud 2012; Renault 2021), mais aussi sur les pratiques concrètes de reproduction mises en œuvre par les travailleureuses elles-mêmes, pour leur propre subsistance ou pour les ménages qu'elles servent (Rosa Bonheur 2017). L'objectif est de faire dialoguer différentes perspectives en sciences sociales, études de genre et études migratoires, afin de clarifier les distinctions théoriques, les tensions épistémologiques et les articulations possibles entre ces approches. Les participant·es seront invité·es à partager leurs réflexions, outils et expériences de recherche sur le travail reproductif.

Programme

Dates : Du mardi 20 au mercredi 21 octobre

Lieu : Temple des Eplatures (La Chaux-de-Fonds)

 

OBJECTIFS DU SÉMINAIRE

Ce séminaire vise à croiser les regards et les approches autour du concept de travail reproductif. Il s'agira d'explorer différentes approches théoriques autour de ce concept ; les interventions se concentreront principalement autour des approches décoloniales et des théories féministes-marxistes de la reproduction sociale.

 

PROGRAMME

 

MARDI 20 OCTOBRE : ACCUEIL, CADRAGE ET CONTEXTE HISTORIQUE

 

MATIN : ACCUEIL ET PRÉSENTATION DU CADRE

  • Accueil des participant·exs
  • Tour de table pour faire connaissance
  • Présentation du cadre du séminaire et des objectifs (session courte).

 

FIN DE MATINÉE (CUSO) : FONDEMENTS ET TENSIONS THÉORIQUES

  • Retour sur les théories féministes autour du travail reproductif - en Suisse à partir des questionnements élaborés par les participant·exs.

 

APRÈS-MIDI : Historiciser le travail reproductif sous l'angle du colonialisme

  • Intervenante : Nasima Moujoud
  • Contenu : Historicisation de l'exercice du travail reproductif en Europe à travers une lecture décoloniale des régimes migratoires à l'œuvre. Ses travaux mettent en lumière la continuité entre les structures coloniales et les pratiques contemporaines de domesticité, en montrant comment la migration et le travail domestique sont inextricablement liés aux héritages historiques et aux rapports de domination de genre et de race.

 

MERCREDI 21 OCTOBRE : ETUDE DE CAS - L'ITALIE

 

MATIN : Le travail reproductif en Italie exercé par les personnes migrantes - une étude de cas

  • Intervenante : Noémi Mortorano
  • Contenu : À partir des travaux issus de sa thèse, l'intervenante présentera l'apport des théories de la reproduction sociale pour l'analyse du travail des réfugié·exs en Italie. Ce cadrage explore la manière dont ces théories peuvent être mobilisées pour l'analyse du travail reproductif au-delà des secteurs féminisés. L'intervenante montrera enfin comment ces approches permettent d'analyser l'articulation des régimes de travail, de genre et migratoires dans la division du travail.

 

CLÔTURE

- Fin des travaux aux environs de 12h30.

- Repas de clôture (optionnel) : à confirmer selon les horaires de train des participant·exs.

Lieu

Temple des Eplatures, La Chaux-de-Fonds

Information

Afin de préparer au mieux les échanges, nous vous invitons à nous envoyer, d'ici au vendredi 25 septembre, un court texte présentant les questions, réflexions ou difficultés que vous souhaiteriez mettre en discussion lors de la formation.

Il peut notamment s'agir de questions ou de « nœuds » théoriques, empiriques ou méthodologiques en lien avec le concept de travail reproductif et avec la thématique de la formation. Vous pouvez partir de votre propre recherche ou de réflexions plus générales.

Il ne s'agit pas d'un texte académique formalisé : aucun format particulier n'est attendu. L'objectif est simplement de donner quelques éléments permettant aux autres participantes de comprendre ce qui vous intéresse, vous questionne ou vous pose problème, afin de pouvoir nourrir la discussion collective.

Places

12

Délai d'inscription 20.10.2026
short-url short URL

short-url URL onepage