Information détaillée concernant le cours
| Titre | Genre et environnement |
| Dates | 28-29 mai 2026 |
| Organisateur(s)/trice(s) | Pre Isabelle Zinn, Haute école spécialisée bernoise Dre Lucile Quéré, UNIL Dre Edmée Ballif, UNIL |
| Intervenant-e-s | Pre Isabelle Zinn, Haute école spécialisée bernoise Dre Lucile Quéré, UNIL Dre Nolwenn Bühler, UNIL Pre Sezin Topcu, Université Paris-Est Pre Aurianne Stroude, UNIFR Pre Edmée Ballif, UZH Pre Geneviève Pruvos |
| Description |
Les questions environnementales constituent aujourd'hui un champ de recherche balisé en sciences sociales. Ce champ de recherche s'est en particulier intéressé aux politiques de transition écologique et à leurs effets, aux conditions sociales de la transformation écologique des modes de vie ou encore aux inégalités environnementales. Pour autant, force est de constater que les travaux articulant l'étude des questions environnementales à une perspective de genre demeurent peu nombreux. Ce constat est d'autant plus surprenant qu'il existe un corpus important d'analyses féministes de l'environnement. Ce module a pour ambition d'offrir aux doctorant·e·s un espace de réflexion sur la manière dont on peut intégrer ces analyses dans nos enquêtes en sciences sociales. Quelle est la relation entre le genre et l'environnement ? Comment la recherche en sciences sociales et ses développements récents a-t-elle conceptualisé ces liens ? Comment une perspective de genre peut-elle renouveler notre appréhension des problèmes environnementaux ? Inversement comment l'accélération des dégradations environnementales vient reconfigurer les rapports de genre ? Comment articuler les données récoltées aux analyses développées par les études féministes sur l'environnement ? Le module permettra d'aborder des thématiques diverses comme les courants théoriques de l'écoféminisme, la justice environnementale, la diversité des inégalités environnementales, les enjeux de genre dans les mobilisations écologiques, les dimensions genrées de la crise environnementale ou encore la recomposition des rôles genrés au sein des foyers et dans la sphère professionnelle induite par la conversion écologique des modes de vie.
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| Programme |
Programme CUSO
Genre et environnement
28-29 mai 2026, Université de Lausanne
Organisatrices : Edmée Ballif, Lucile Quéré & Isabelle Zinn
28 mai
JOUR 1
17h-18h30 : Conférence plénière de Sezin Topçu : Pollution, santé, genre : penser les dégâts reproductifs du "progrès" à l'ère de l'Anthropocène
UNIL, Géopolis 1620
Repas du soir (prévu au HOIAN, Ouchy)
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29 mai
JOUR 2
UNIL, Géopolis 5799
9h00 : arrivée (café & croissants)
9h15-10h45 : Nolwenn Bühler : Penser un monde habitable et juste : perspectives des études féministes des sciences et technologies (env. 30-35 min de présentation, suivi d'un échange)
11h - 12h30 : Atelier présentation/discussion de trois doctorantes
Repas de midi
13h45-14h45 : Atelier : présentation/discussion de deux doctorantes
15h00-16h30 : Aurianne Stroude : Étudier, comprendre, agir pour l'écologie : que faire du genre ? (env. 30-35 min de présentation, suivi d'un échange)
Les doctorantes sont invitées à nous envoyer un texte de ½ page de résumé de texte et ½ page de réflexion par rapport à la thématique et les questions qu'elles se posent. On fera circuler dans le groupe avant.
Format des présentations des doctorantes qui se sont portées volontaires :
10 min de présentation et 20 min d'échange.
Max 7 pages de support de présentation envoyé à en amont (format libre, en fonction du besoin des doctorantes).
Résumés des conférences :
Nolwenn Bühler (UNIL) : Penser un monde habitable et juste : perspectives des études féministes des sciences et technologies
Dans le nouveau régime climatique de l'Anthropocène, les idéaux de progrès et d'abondance qui caractérisent la modernité et sous-tendent les activités de production et consommation d'un monde globalisé et industrialisé, menacent les conditions de vie des humain·es et autres-qu'humain·es. Réchauffement de l'atmosphère, effondrement des écosystèmes, omniprésence des produits chimiques, aggravation des inégalités, pour ne citer que quelques-unes des facettes de la violence lente infligée aux êtres vivants des sociétés contemporaines, ne sont pas des phénomènes distincts. Ils sont profondément imbriqués et enracinés dans les mêmes logiques patriarcales, coloniales, spécistes, et capitalistes, au fondement du monde moderne (entre autres: Collective et al. 2025; Haraway 2015, 2016; Tsing et al. 2024).
Face à l'ampleur mondiale de la catastrophe, les promesses techno-solutionnistes fleurissent. Pourtant, elles ont souvent tendance à reproduire les logiques mêmes qui sont au cœur du problème, et à « amincir le monde » (Stengers 2021). Dans ce contexte, comment une perspective de genre peut-elle nous aider à penser et à soutenir des transformations écologiques et sociétales pour un monde habitable et juste, pour des avenirs vivables ? Pour répondre à cette question, je propose de me tourner vers les études féministes et écoféministes des sciences, des technologies, et de l'environnement. Ces perspectives nous invitent à remettre en question l'association ancienne, des femmes, ainsi que d'autres minorités et groupes marginalisés, à la nature, en tant qu'entités passives, dont les corps et les forces sont constitués en ressources à exploiter. Elles montrent également comment l'association des femmes aux émotions, au corps, à la reproduction, et non à la raison, a contribué à une définition spécifique de la science, comme rationnelle, objective, et bien séparée des enjeux sociaux et politiques. Dans mon intervention, je discuterai des effets épistémologiques et politiques de ces associations, en me concentrant spécifiquement sur les promesses technoscientifiques et les pratiques de production des savoirs, et en mobilisant des exemples tirés de mes recherches. Je terminerai en présentant quelques pistes et outils féministes STS pour faire autrement.
Aurianne Stroude (UNIFR): Étudier, comprendre, agir pour l'écologie : que faire du genre ?
Cette présentation s'appuiera sur mon parcours personnel, à la croisée du travail social, de la sociologie de la transition écologique et de l'activisme institutionnel, pour explorer quelques-unes des tensions, zones d'ombre et résonances que la question du genre invite à explorer.
Ayant passée une décennie à étudier les trajectoires et les vécus de celles et ceux qui développent des modes de vie remettant en question les idéaux de progrès et d'abondance, la question du genre s'est posée sous différents angles.
Le processus de distanciation normative (Stroude, 2022) qu'implique l'adoption de modes de vie plus sobres invite à questionner les rapports de pouvoir et la répartition des rôles sociaux dans le quotidien. Plus avant, s'intéresser au rapport au monde selon la perspective de Hartmut Rosa (2018), ramène à la question du care (Fisher et Tronto, 1991) et du développement de pratiques sociales souvent attribuée au féminin.
En explicitant ces différents aspects de mes recherches, j'explorerai la façon dont ils m'ont amené à considérer, ou parfois à négliger, la question du genre. Pour terminer, je reviendrai sur mon expérience actuelle dans une institution universitaire, en tant qu'actrice engagée pour une transformation des pratiques et une prise en compte adéquate des défis environnementaux, et je proposerai quelques réflexions sur l'imbrication des questions de genre dans ces processus de transition.
Sezin Topçu (CEMS-CNRS-Ehess): Pollution, santé, genre : penser les dégâts reproductifs du "progrès" à l'ère de l'Anthropocène
Dans les cinq dernières décennies, le rôle causal des polluants sur la survenue ou l'aggravation des problèmes reproductifs ou des maladies dites féminines (cancers du sein et de l'utérus, infertilité, puberté précoce, malformations liées aux expositions prénatales…) a fait l'objet d'un nombre important d'études scientifiques internationales. Ce rôle causal est établi pour certains des contaminants, notamment les perturbateurs endocriniens. Ces études n'ont cependant été suivies d'actions publiques qu'à la marge. On observe dans ce cadre plusieurs paradoxes : d'un côté la présence des contaminants toxiques dans l'air, les sols, les terres agricoles ou les objets de consommation de tous les jours n'a cessé d'augmenter depuis la Seconde Guerre mondiale, tout comme leur grande variété, et par conséquent leur « effet cocktail ». D'un autre côté, c'est leur omniprésence et leur multiplicité qui les rendent invisibles ou insaisissables dans l'espace comme dans le temps. Par ailleurs, la question de l'atteinte des polluants aux organes et processus reproductifs constitue un sujet sensible, voire tabou, étant donné que cela revient à remettre en cause les industries chimiques et pétrochimiques dans leur intégralité. Les études épidémiologiques sont de ce fait très lacunaires, en particulier dans les contextes (post)coloniaux. L'exposition aux contaminants toxiques omniprésents renvoie en outre aux choix et responsabilités individuels. Par conséquent, il est difficile pour les personnes souffrant de problèmes reproductifs tels que l'infertilité de mettre en cause leur mode de vie ou de consommation sans se culpabiliser. Aux ignorances liées au mode d'existence complexe des contaminants s'ajoutent donc celles d'ordre social, économique, culturel ou liés au genre. Cette communication partira de ces observations afin de réfléchir aux chantiers de recherche capables d'appréhender les controverses, mobilisations, silences et défis relevant des dégats reproductifs du "progrès" (technique, industriel,agricole…) à l'ère de l'Anthropocène.
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| Lieu |
Unil |
| Information | |
| Places | 15 |
| Délai d'inscription | 05.05.2026 |