Titre

POLITISER LA PSYCHOLOGIE. Histoire d’une théorie féministe de la pratique psychothérapeutique (États-Unis, 1960-2015)

Auteur Stéphanie Pache
Directeur /trice Prof. V. Barras
Co-directeur(s) /trice(s)
Résumé de la thèse L’histoire entreprise dans ce travail est celle de l’élaboration d’une posture féministe dans la pratique de thérapeutes féministes américaines. Cette histoire est ainsi celle d’une posture clinique, épistémologique, politique, théorique, davantage que celle d’un champ disciplinaire ou d’une théorie. J’analyse un corpus de sources en conjuguant une histoire de la théorie de la pratique développée par les psychologues étudiées avec une perspective féministe et une attention aux enjeux sociaux du discours psychologique. Je me concentre sur la question des rapports de pouvoir et la façon dont il marque les pratiques thérapeutiques. C’est ce fil que je suis pour traiter des relations théoriques et pratiques entre le « psychologique » et le « politique ». Ma thèse est ainsi découpée en quatre chapitres qui abordent ces questions sous plusieurs angles : le statut social et politique des conceptions psychologiques ; le travail d’élaboration d’une clinique féministe ; la place des savoirs dans l’espace thérapeutique ; et les mises en cause politiques de la thérapie féministe. Il s’agit ainsi de multiplier les perspectives pour saisir les enjeux pratiques et politiques de la thérapie féministe, en saisissant différents points d’élaboration du dispositif thérapeutique féministe. Le travail de cette recherche doctorale est guidé par deux interrogations principales. Premièrement, mon expérience comme psychiatre m’a amenée à m’interroger sur les dimensions politiques des pratiques de soins en psychiatrie et sur les conditions de possibilité d’une approche thérapeutique plus égalitaire. J’ai cherché à comprendre comment se construit une théorie de la pratique thérapeutique animée par de telles préoccupations. Deuxièmement, la littérature en sciences humaines et sociales, comme d’autres discours médiatisés s’accordent à dénoncer des phénomènes dits de « psychologisation » en cours dans les sociétés occidentales contemporaines. Généralement, ces processus sont perçus par les personnes énonçant ces critiques comme synonymes d’individualisation et de dépolitisation, et le résultat de modes de production capitalistes. Je percevais dans ces critiques un grand décalage entre l’Europe francophone et l’Amérique anglophone, suivant en cela l’analyse d’Alain Ehrenberg dans La société du malaise (2010). Négligeant l’histoire des liens entre les disciplines psychiques et les mouvements politiques des années 1960 et 1970, ces critiques me semblaient en outre trop réductrices pour saisir les enjeux réels du développement des usages de conceptions psychologiques en dehors de leur champ disciplinaire traditionnel. J’ai choisi pour éclairer ces questions de me pencher sur une articulation inhabituelle de ce côté-ci de l’Atlantique : celle que des psychologues américaines ont tentée entre la psychologie et le féminisme. Cette thèse entreprend de faire l’histoire de l’élaboration d’une posture féministe dans la pratique de thérapeutes féministes américaines à partir de la fin des années 1960. Cette histoire est celle d’une posture à la fois clinique, épistémologique et politique, davantage que celle d’un champ disciplinaire ou d’une théorie. L’ambition du projet des psychologues féministes de joindre une démarche politique et une pratique psychothérapeutique va à l’encontre d’une conception qui voit dans le souci de la vie psychique individuelle un puissant facteur de dépolitisation, et dans les approches psychologiques un moyen d’invisibiliser les rapports sociaux. Dans la lignée d’autres travaux qui tentent de replacer ces phénomènes dans leurs conditions de production et d’apporter un éclairage plus nuancé , ce travail offre une autre histoire des rapports entre le « politique » et le « psychologique », en montrant en particulier la façon dont la question de l’émancipation et celle de la démocratie entrent en jeu dans la pratique des psychothérapies.
Statut terminé
Délai administratif de soutenance de thèse 2015
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